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Je marche.

Je marche.
Déchirant le manteau noir de la nuit,
La couleur de l’aube pointe.
Le ciel s’étire,
Les volets se réveillent,
Les arbres gazouillent.
Des fenêtres entrouvertes,
Le parfum du café s’échappe vers des rêves,
vers les ronflements des maisons endormies.

 

Je marche.
Le soleil me suit dans les ruelles,
Plaque son feu sur les façades.
Les graffitis maquillent les murs.
Les artistes s’exposent,
S’explosent sur le gris morne et triste des murailles centenaires.
Les palettes se révèlent.
Le sourire de Sabah égaie les cimetières orthodoxes,
Et sa voix ressuscite les âmes qui flottent dans le jardin de l’église.
À Tabaris,
Wadih el-Safi roucoule l’oiseau et son serment,
La pureté de son timbre sublime les embouteillages insensés.
Il vit près des jésuites,
Promène son regard dans le jardin public Gebran Tuéni.
Les pierres chantent,
Rendent hommage aux grands.
L’architecture murmure l’époque.

 

Je marche.
Le vent glisse sur mes joues.
Les feuilles se lâchent,
Crépitent sous mes pas.
La panoplie des fruits attire les femmes aux balcons.
Le vendeur crie la fraîcheur.
Les paniers attachés aux cordes tressées se déroulent pour faire le plein.
Les voitures klaxonnent.
Parfois pour rien.
Je pars loin,
Mon cœur grésille.

 

Je marche.
Les trottoirs puent,
Des petits supplient le sou,
Des vieux mendient le pain,
Des infirmes guérissent au feu vert.
Des orphelins marmonnent leur misère.
Le paysage est détresse rugissante.

 

Je marche.
Je cherche la voix de ma patrie.
Je fouille dans la cacophonie.
J’esquisse le visage de ma nation.
Je cherche mon pays perdu sur ma terre natale.
Je cherche un peuple.
Je marche en ville.
Je trouve des masques,
Des esprits flasques.
Je cherche un cèdre…
Je marche…
Je cherche…
Je marche…
J’ai marché et cherché tellement qu’un autre continent m’a accueillie.
Là où l’eau coule dans les robinets. Là où l’énergie illumine les demeures, chauffe le parquet,
les nuits longues de l’hiver, le cœur froid des émigrés.
Là où l’homme a des droits, une dignité.
Là où les enfants vivent leur innocence, grandissent en paix, vieillissent dans l’assurance.
Là où l’ordure humaine se recycle.
Là où l’air est propre, léger.
Là où règne une justice.
Là où des consciences gèrent des pays.

 

J’ai marché et j’ai trouvé des cèdres déracinés.
Les forêts nationales s’élargissent sur la terre des autres.
Les matières grises dans le développement des autres.
La jeunesse dans la société des autres.
L’excellence dans l’évolution des autres.
La sève d’encens dans les veines des autres.
J’ai rebroussé chemin.
Avalé ma tristesse, mes crampes, mes nausées.
Pleurer une nation n’est point une solution.
Le défrichement des morales,
Une nouvelle loi à implanter.

 

Nidal Haddad

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